La NAAREA liquidation judiciaire est devenue l’un des dossiers les plus suivis de la jeune filière française des petits réacteurs nucléaires. Placée en redressement judiciaire en septembre 2025, la start-up a été convertie en liquidation judiciaire le 15 janvier 2026, tandis qu’un plan de cession de ses actifs a été arrêté le même jour. Le dossier n’est toutefois pas synonyme de disparition immédiate de sa technologie : la justice a organisé la reprise d’une partie importante de ses actifs par un repreneur, et la Cour d’appel de Versailles a encore précisé les conditions de cette opération le 30 juin 2026.
Pourquoi la liquidation de NAAREA ne signifie pas la fin du projet nucléaire
NAAREA, créée en 2020, travaillait sur un micro-réacteur nucléaire de quatrième génération utilisant des sels fondus et des neutrons rapides. Son projet XAMR visait notamment à produire de l’électricité et de la chaleur à partir de combustibles nucléaires usagés, avec l’ambition de développer une solution plus compacte et décarbonée. La société avait aussi bénéficié d’un soutien de France 2030 à hauteur de 10 millions d’euros pour son programme de réacteur nucléaire innovant.
La difficulté est donc venue moins d’un abandon immédiat de la technologie que de la situation financière de l’entreprise. Selon les éléments judiciaires, NAAREA avait été placée en redressement judiciaire par le Tribunal des activités économiques de Nanterre le 3 septembre 2025. La date de cessation des paiements avait alors été fixée provisoirement au 20 mars 2025. La procédure devait permettre de rechercher des solutions de financement, des investisseurs ou un repreneur capable de poursuivre le développement.
Cette période de recherche a cependant été difficile. Une première échéance de dépôt des offres, fixée au 24 septembre 2025, n’avait donné lieu à aucune offre. Après le remboursement d’un crédit d’impôt recherche de 4 529 634 euros en octobre, la procédure a été prolongée et une nouvelle date limite a été fixée au 17 novembre 2025.
15 janvier 2026 : le redressement bascule en liquidation judiciaire
Le tournant majeur intervient le 15 janvier 2026. Le Tribunal des activités économiques de Nanterre convertit le redressement judiciaire de NAAREA en liquidation judiciaire et arrête parallèlement un plan de cession. Le jugement désigne la SELARL C. Basse, avec Me Christophe Basse, comme liquidateur.
Cette décision doit être comprise avec une nuance importante. La liquidation judiciaire concerne la société soumise à la procédure collective, mais elle peut s’accompagner d’une cession d’actifs permettant à un autre acteur de reprendre certains éléments de l’activité. Dans le cas de NAAREA, le plan concernait notamment des actifs corporels et incorporels, les brevets, certains logiciels, le savoir-faire, les archives scientifiques et les stocks.
Le jugement du 15 janvier avait retenu une offre de reprise présentée par une société luxembourgeoise du groupe du repreneur, aujourd’hui identifiée dans la procédure comme JLA Opportunities. Le prix des actifs cédés avait été fixé à 500 001 euros, selon la décision examinée ensuite par la Cour d’appel de Versailles.
| Champ | Informations |
|---|
| Nom | NAAREA |
| Création | 2020 |
| Secteur | Énergie nucléaire / DeepTech |
| Technologie | Micro-réacteur nucléaire de 4e génération |
| Projet principal | XAMR |
| Technologie du réacteur | Sels fondus et neutrons rapides |
| Objectif | Production d’électricité et de chaleur |
| Soutien public | 10 millions d’euros via France 2030 |
| Redressement judiciaire | 3 septembre 2025 |
| Liquidation judiciaire | 15 janvier 2026 |
| Prix de cession des actifs | 500 001 € |
| Financement prévu du projet | 73 millions d’euros sur 3 ans |
| Apports des actionnaires prévus | 54 millions d’euros |
| Décision récente | Cour d’appel de Versailles, 30 juin 2026 |
| Situation | Actifs et projet repris dans le cadre d’un plan de cession |
Un projet de reprise évalué à 73 millions d’euros
L’un des éléments les plus marquants du dossier est l’écart entre le prix de cession des actifs et les moyens nécessaires pour poursuivre le projet. Le prix fixé par le tribunal était de 500 001 euros, alors que le projet industriel présenté par le repreneur devait nécessiter environ 73 millions d’euros de financement sur trois ans.
La Cour d’appel de Versailles a apporté une précision importante le 30 juin 2026. Elle a confirmé le besoin global de financement de 73 millions d’euros sur trois ans, mais elle a modifié la formulation retenue par le tribunal concernant l’origine de ces fonds. Selon l’arrêt, 54 millions d’euros devront provenir des apports des actionnaires du repreneur sur cette période.
Cette précision est essentielle pour comprendre la situation actuelle. La reprise ne repose donc pas uniquement sur l’achat juridique des actifs. Elle implique un effort financier beaucoup plus important pour remettre en marche le projet, poursuivre la recherche, maintenir les compétences techniques et avancer vers les prochaines étapes industrielles et réglementaires.

Que change la décision de la Cour d’appel de Versailles ?
L’arrêt rendu le 30 juin 2026 n’a pas annulé l’ensemble du plan de cession. La Cour a confirmé le jugement sur la majorité de ses dispositions, tout en réformant certains points concernant les contrats et le financement du projet.
Deux contrats ont notamment été retirés du périmètre du transfert : le bail commercial conclu avec AGLM Immo et le contrat de fourniture d’électricité conclu avec Priméo. En revanche, la Cour a décidé que le contrat d’électricité conclu avec Engie le 5 janvier 2026 serait transféré au repreneur.
La décision confirme aussi que l’opération de reprise conserve une portée industrielle. Le repreneur peut se présenter comme le successeur de l’entreprise NAAREA, tandis que les actifs technologiques inclus dans la cession restent au cœur du projet. La Cour a également retenu la nouvelle répartition du financement, avec 54 millions d’euros d’apports d’actionnaires sur les 73 millions nécessaires sur trois ans.
Pourquoi ce dossier dépasse le cas d’une seule start-up
La NAAREA liquidation judiciaire intervient dans un secteur où plusieurs entreprises françaises cherchent à développer des petits réacteurs modulaires ou des technologies nucléaires avancées. Le cas est donc observé comme un exemple des difficultés rencontrées par les start-up industrielles lorsqu’elles doivent financer des technologies très complexes avant d’atteindre une phase commerciale.
Le projet NAAREA avait reçu un soutien public de 10 millions d’euros dans le cadre de France 2030. Cette situation nourrit également le débat sur la manière de financer les réacteurs innovants et sur le suivi des aides publiques accordées à ces projets.
Il faut cependant éviter de tirer une conclusion trop large à partir de ce seul cas. Une liquidation judiciaire ne signifie pas automatiquement que la technologie disparaît. Ici, précisément, une partie des actifs, des brevets et du savoir-faire a fait l’objet d’un processus de reprise. L’enjeu est désormais de savoir si le repreneur sera capable de transformer ces actifs en un programme industriel viable.
Les prochaines étapes seront surtout financières et industrielles
Après la décision de la Cour d’appel, le principal sujet sera la capacité du repreneur à financer et exécuter le projet annoncé. Les 73 millions d’euros évoqués sur trois ans donnent une indication de l’ampleur du défi. Les 54 millions d’euros d’apports d’actionnaires constituent une composante majeure du financement prévu par la décision d’appel.
Le dossier reste également lié à la question des contrats, des équipes, des locaux et des actifs transférés. La procédure judiciaire a déjà montré que ces éléments peuvent faire l’objet de contestations distinctes. L’arrêt du 30 juin 2026 illustre justement cette complexité en modifiant certains transferts contractuels tout en maintenant le principe général du plan de cession.
Pour la filière nucléaire française, le cas NAAREA rappelle surtout qu’un projet technologique ambitieux peut avoir besoin de plusieurs années et de ressources considérables avant de produire des revenus commerciaux. Le passage de la recherche au prototype, puis au déploiement industriel, représente une succession d’étapes coûteuses et fortement encadrées.
Conclusion
La NAAREA liquidation judiciaire marque la fin d’une étape pour la société telle qu’elle existait avant la procédure collective, mais elle ne signifie pas la disparition automatique de son projet technologique. Le plan de cession, puis l’arrêt de la Cour d’appel de Versailles du 30 juin 2026, ont organisé la poursuite de certains actifs et du projet sous la responsabilité du repreneur.
La prochaine question sera donc moins celle de la survie juridique de l’ancienne société que celle de la capacité du nouveau projet à réunir les financements nécessaires et à franchir les prochaines étapes industrielles du nucléaire de nouvelle génération.

